Arthur Rimbaud

Jean Nicolas Arthur Rimbaud war ein französischer Dichter, der 1854 in Charlesville in den Ardennen geboren wurde und 1891 in Marseille starb. Er ist heute hauptsächlich wegen seiner dramatischen, erotischen Beziehung zu Paul Verlaine bekannt, der ihm nach einem Streit in die Hand schoss und dafür zwei Jahre ins Gefängnis ging. Rimbaud, der bereits als Siebzehnjähriger Texte zum verrückt Werden schrieb, gab daraufhin das Schreiben auf und setzte sich nach Afrika ab. Interessant ist aber nicht nur seine Biographie, sondern vor allem sein ausschließlich lyrisches Oeuvre. In temperamentvollen, fein stilisierten Gedichten brechen sich unglaublich starke, geradezu irre Affekte bahn. Bekannt sind neben dem Strophengedicht “Le bateau ivre” (Das trunkene Schiff) vor allem die “Illumination” (Lichtbilder) und “Une saison en enfer” (Eine Zeit in der Hölle) im vers libre.

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Le dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière
accrochant follement aux herbes des haillons
d’argent, où le soleil, de la montagne fière,
luit; c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue
et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
dort: il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaÏeuls, il dort. Souriant comme
sourirait un enfant malade, il fait un somme.
Nature, berce-le chaudement: il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine;
il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud (1854 – 1891)

Le bateau ivre

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
je ne me sentais plus tiré par les haleurs:
des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
porteur de blés flamands et de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
je courus ! Et les Péninsules démarrées
n’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots!

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
l’eau verte pénétra ma coque de sapin
et des taches de vins bleus et des vomissures
me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
de la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
et ravie, un noyé pensif parfois descend;

où, teignant tout à coup les bleuités, délires
et rythmes lents sous les rutilements du jour,
plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
fermentent les rousseurs amères de l’amour!

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
et les ressacs et les courants : Je sais le soir,
l’aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
et j’ai vu quelques fois ce que l’homme a cru voir!

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
illuminant de longs figements violets,
pareils à des acteurs de drames très-antiques
les flots roulant au loin leurs frissons de volets!

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
la circulation des sèves inouïes
et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs!

J’ai suivi, des mois pleins, pareilles aux vacheries
hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
sans songer que les pieds lumineux des Maries
pussent forcer le mufle aux Océans poussifs!

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
mêlant aux fleurs des yeux des panthères à peaux
d’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux!

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
où pourrit dans les joncs tout un Léviathan!
Des écroulement d’eau au milieu des bonacees,
et les lointains vers les gouffres cataractant!

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises!
Échouages hideux au fond des golfes bruns
où les serpents géants dévorés de punaises
choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums!

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
et d’ineffables vents m’ont ailé par instant.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
la mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
montait vers moi ses fleurs d’ombres aux ventouses jaunes
et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

Presque île, balottant sur mes bords les querelles
et les fientes d’oiseaux clabotteurs aux yeux blonds.
Et je voguais lorsqu’à travers mes liens frêles
des noyés descendaient dormir à reculons!

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
n’auraient pas repéché la carcasse ivre d’eau;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
des lichens de soleil et des morves d’azur;

qui courais, taché de lunules électriques,
planche folle, escorté des hippocampes noirs,
quand les juillets faisaient couler à coups de trique
les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs;

moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
fileur éternel des immobilités bleues,
je regrette l’Europe aux anciens parapets!

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur:
- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t’exiles,
million d’oiseaux d’or, ô future vigueur ? -

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
toute lune est atroce et tout soleil amer:
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer!

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
noire et froide où vers le crépuscule embaumé
un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
enlever leurs sillages aux porteurs de cotons,
ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Arthur Rimbaud (1854 – 1891)

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